
AVEZ-VOUS VOS OREILLES EN QUARANTAINE ?
(…) Vous aussi, vous m’êtes manqué…
Ma plume a été en retraite après avoir écrit quelques mots au président quand je lui sollicitais un tête-à-tête qui malheureusement m’a été refusé.
Le président lui, voulait une discussion d’homme à homme alors que celui qui est en charge de recevoir ses correspondances a estimé que j’étais un « sous-homme ».
Cela ne m’a rien fait jusqu’à ce que je me rappelle que sous homme était un homme sans sou en dessous d’un homme plein aux as, à qui le sous-homme donne sa voix mais « l’homme » reste sourd-muet.
Cela m’a fait piqué une de ces colères mais l’idée selon laquelle nous sommes plusieurs à être « sous-hommes » m’a fait croire qu’il était de la nomenclature naturelle qu’il y ait un « surhomme », quelques « hommes » et plusieurs « sous-hommes ».
Le surhomme lira cette réflexion et se dira : « tiens ! Un sous-homme qui réfléchit ainsi…».
L’homme lira cette réflexion, la relira puis dira : « je croyais pourtant vous avoir ordonné de fermer la bouche à cet impertinent… Mais bon, laissez-le danser. D’après tout, sur mon règne la musique dure pour qui je décide. »
J’espère que même après ces mots la musique continuera sur la piste de ma feuille pour que mon ancre salisse d’autres papiers après celui-ci.
Quand ce sera au tour des sous-hommes de lire, plusieurs verront et passeront, certains liront mais ne retiendront rien et rares sont ces sous-hommes qui liront et comprendront.
Je ne sais pas ce qu’ils diront. Ils me seront incompris parce qu’ils ne parlent jamais un même langage.
Je suis un sous-homme mais je rêve partir… partir à la recherche d’un mathématicien à même de soustraire mon suffixe de « sous » pour que je reste « homme ».
Enfin bref, voilà pourquoi ma lettre avec comme objet : DEMANDE DE CONVERSATION AVEC LE PRESIDENT,a été classée sans suite.
Malgré cela je continue d’écrire. Il faut avouer que ma plume est têtue. Elle est boudée mais elle continue à danser entre le pouce et l’index de la main la tenant. Elle éprouve du plaisir dans écriture, rature puis réécriture.
OUI, je sais que je vous ai manqué. D’ailleurs… vous non plus.
Vous me direz : « mais ta réponse n’est pas conforme aux règles de la syntaxe, Kalwira ! ».
Avez-vous donc oublié que le surhomme a fermé les écoles, l’homme a également fermé les siennes et que les sous-hommes ne vont plus aux cours ? Vous répondrai-je.
Avez-vous donc oublié que lorsque l’on n’est pas riche, l’on ne parle que français à l’école ? Ajouterai-je pour avoir un argument fort.
Avez-vous donc oublié que chez nous dès que l’on cesse d’aller à l’école on cesse d’être intelligent ?
Ne saviez-vous donc pas que pour espérer devenir homme il faut user le banc après l’avoir chauffé, mettre la tenue bleu-blanc jusqu’à sa décoloration et gober le doc de l’enseignant ?
Si votre oublie est d’une aussi grande ampleur, donc ma piqûre de rappel en valait la peine.
Voyez-vous, trois petits mois sans aller aux cours et vous avez tout oublié.
Vous me répondrez que c’est de la faute de l’homme qui n’est jamais satisfait de ses émoluments et veut à tout prix se remplir les poches avec le salaire du « sous-homme enseignant ».
Je serai surpris que vous ayez réfléchi de la sorte et m’exclamerai : « Waouh… C’est déjà bien qu’un sous homme fasse un aussi remarquable progrès en pensant dignité ».
C’est déjà bien mais pas complet. C’est ce à quoi le surhomme voudrait forcément que vous pensiez. Que vous remettiez tout sur le dos de l’homme. Que ce soit lui qui porte le chapeau. Lui faire porter le chapeau ? Voyez-vous, l’homme aux émoluments est en veste, comment voulez-vous, en plus de son costard et de sa cravate, lui rajouter un chapeau. Méconnaissez-vous donc le style et la mode ?
Faites portez le chapeau à celui-là qui marche sous un soleil de plomb, celui-là qui est grillé par le soleil accablant piétons et passagers. Celui-là, il en a bien besoin plus que quiconque.
Le résistant et résilient sous-homme enseignant, à lui, faites porter une couronne sur la tête et gardez le chapeau à qui refusera de couronner le sous-homme enseignant.
Ne soyez pas victime de la mauvaise errance de ma plume. Elle est comme nos hommes aux émoluments ; ils vous noient et avec la même eau ils s’en lavent les mains.
Ne soyez pas perdus ; nous nous interrogions pourquoi une fois les écoles fermées, vous cessez d’être intelligents.
Oui, parce que la société nous a envoyé courir après bulletins, diplômes et titres ; tout en oubliant de nous envoyer à l’école. C’est pourquoi nos députés sont réduits aux titres honorifiques et à l’augmentation des salaires mais sans rien dans le crâne. Ne leur en voulez pas, allez-vous acharner contre le système éducatif. Ils ne font que ressortir ce à quoi ils ont été éduqués : La médiocrité.
Comme c’est le surhomme qui tient les reines des organisations en charge de l’éducation et veut que tout se passe comme toujours (un toujours médiocre) ; concluons alors volontiers que c’est de sa faute si l’on ne nous dira jamais que L’ECOLE N’EST PAS AUX COURS.
Comme c’est à l’homme d’arracher son autonomie et non la clamer ; mais il ne fait rien qui soit constitutant de ne serait-ce qu’une particule du bonheur de l’homme, c’est alors de sa faute si nos écoles nous apprennent à courir après des salaires alors que NOUS REGARDONS GENTIMENT NOTRE LEGENDE PERSONNELLE NOUS FILER ENTRE LES DOIGTS.
Comme c’est au sous-homme d’encaisser les coups sans jamais riposter, d’être victime d’une éducation copiée mais maladroitement collée, d’être violé dans sa dignité quand bien même le casier de l’assaillant reste vierge ; c’est de sa faute. Comme c’est à lui de dire mais sa voix ne se fait jamais entendre, comme c’est à lui de s’asseoir et d’écrire son bonheur comme le disait Sankara ; c’est de sa faute si le système éducatif va mal. Comme c’est à lui de faire preuve de vigueur et d’envie de combattre mais reste inerte et mou ; alors c’est de sa faute s’il est diplômé et non intellectuel.
L’esclave qui n’assume pas sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort (…). Aviez-vous vos oreilles en quarantaine quand Sankara le disait à vos frères burkinabés ?
J’ai commencé par vous rapporter l’issu de ma lettre au président, je vous ai ensuite embrouillé avec la métaphore du surhomme, de l’homme et du sous-homme. J’ai chuté avec une révolte contre vous qui me condamniez pour mes erreurs de langue en vous disant et en vous redisant que ce lieu qualifié à tort par les universitaires, « école », n’est qu’un théâtre pour les intellectuels et un passe-temps pour ceux que la société contraint d’y aller.
Bon puisque l’on parle du théâtre, l’on me signale que l’encre restant de ma plume doit acter le jugement du procès de « 100 JOURS ».
D’accord monsieur le juge… mais l’encre est assez suffisante pour acter aussi les verdicts de ces sous-hommes innocents qui, leur seul péché a été de réfléchir comme un surhomme en écrivant ces genres des textes.
Nous avons longtemps été stoiques. Nous l’avons assez été plus que même Zenon de Sitium. Nous avons enduré la crise de cette pandémie. Alors chers hommes ; qu’il vous plaise d’augmenter nos salaires à 2 000 $. La crise nous baise.
Résistez-vous de décaisser ? Rappelez-vous d’Heraclitesd’Ephèse : « Panta rei potamos ».
Ghislain KALWIRA
