TSSSSIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!!! Mr LE PRESIDENT, 1′ SVP !!!
Monsieur le Président, Mes respects ! Je viens attirer votre attention ici sur un fait déplorable. Mais alors, détendez-vous. Ne craignez pas que je vous parle d’une Armée étrangère qui investit notre sol. Non. Je me méfie des secrets-Défense. De toute façon vous réagiriez par les dénis politiques. Je ne viens pas non plus vous parler de fameuses arrestations. S’il fallait en parler, j’évoquerais plutôt le cas des milliers des prisonniers sans procès depuis des lustres.
Mais, Monsieur le Président, je vous fais ce petit signal, malgré que vous êtes en cortège pour vous arrêter un instant. J’espère que ce n’est pas un crime de lèse-majesté. Vous arrêter sur un cas humiliant et de ce fait révoltant .Puisque l’on n’en parle pas, esclaves de l’accoutumance, moi je vous en parle. Monsieur le Président, vous-même savez combien vous payez à ceux qui tiennent les globules rouges et blancs de ce pays. Combien vous payez les méninges de ce pays. Combien vous payez les tendres petits cœurs de ce beau pays. Malgré les discours politiciens, vous savez en votre âme et conscience, qu’à leur misère vous ajoutez un salaire de misère. Un salaire qui les rend dépendants des endettements insatiables. Un salaire humiliant en réalité. Mais malgré cela, ils accourent derrière ces sommes modiques, les pauvres. Cet argent put la misère et l’injustice sociale mais alors, ils sont les mieux placés pour se souvenir de Vespasien : « Non olet » : « L’argent n’a pas d’odeur ». Ils ont chaque fois l’espoir que cette somme peut leur être une aide, leur trouver un peu de makala, de la farine et une ou deux mesures de riz afin que leurs enfants ne souffrent de malnutrition. Ils en savent les méfaits plus qu’aucun.
Cependant, Monsieur le Président, vous avez décidé de les faire marcher d’humiliation en humiliation. Vous les avez jetés dans des gueules des gens sans aucune humanité.
Ainsi, arrêtez-vous Monsieur le Président. Venez un peu ici à côté, à mes côtés Monsieur le Président. Regardez un peu près de vous. Regardez ces centaines d’hommes et femmes sur la file indienne(ce n’est que par exigence lexique que j’appelle ça indienne,mais j’appellerais ça file congolaise tellement c’est grave) sous le soleil. Ce ne sont pas des badauds Monsieur le Président, ni des déplacés de guerre. Ils sont cuits, abattus, épuisés par des heures d’attente, par le manque de considération qu’ils croisent, par des paroles leur adressées dans l’irrespect le plus subtil. Ils sont devant des banques qui les traitent sans estime et les font défiler pendant des jours pour qu’enfin ils touchent des sommes que ces banques fractionnent au choix. Ils crient, vocifèrent, poussent des vacarmes, mais personne n’est à leur écoute. Oui, puisque personne ne s’intéresse à ces « Damnés de la terre » comme le dirait Frantz Fanon. Ils sont pourtant les anticorps, les méninges, le cœur et parfois les poumons de ce pays. Vous avez choisi de les fouler aux pieds en leur disponibilisant un salaire des minables. Mais par la façon dont vous le leur faites percevoir ,vous les enfoncez dans le sous-sol, plus loin sous vos semelles. Parmi ces hommes et femmes, il y a ceux qui viennent des villages de l’intérieur du pays. Ils viennent sans prévision et les jours d’attente les font crever. A la perception de leur argent, tout s’épuise en payant les dettes contractées pour la prise en charge du long séjour imprévu. Après ils trouvent à peine le petit rien pour les faire rentrer chez eux. Ils travaillent depuis des années dans le passif. Monsieur le Président, est-ce ça normal ? Hein !Est-ce ça normal ? Même pendant une période aussi précaire comme celle-ci où chacun est censé se protéger contre le virus ravageant, eux on les laisse entassés en centaines parce qu’on lit sur leurs visages le besoin de ne fus qu’un 100$ déjà passé au passif. N’est-ce pas sadique ca Monsieur le Président !
Pourtant, Votre Excellence, ceci demeure honteux. Plus grave, ceci est révoltant. Vous ne vous retrouvez peut-être pas encore. Mais, Monsieur, quand je parlerai des globules de ce pays, entendez les militaires et policiers. Quand je parlerai des méninges de ce pays, entendez ces instituteurs et institutrices. Quand je parlerai des cœurs, entendez ces milliers d’infirmiers. Et quand je parlerai parfois des poumons, entendez ces fonctionnaires de l’Etat traités avec un mépris inimaginable. Monsieur le Président, qui est donc héros plus qu’eux, qui est héros plus qu’eux pour que les pires dédains du monde pèsent sur leurs épaules ?Et tout le monde en est témoin. Qui n’a jamais vu ces milliers des militaires, policiers, enseignants et infirmiers crèvent sous le soleil devant une quelconque banque avec un visage en détresse !!
Monsieur le Président, bien sûr que vous êtes pressés, mais réfléchissons ensemble un court instant. Comment au 21ième siècle des centaines et parfois des milliers d’hommes et femmes, parmi eux des vieux et femmes enceintes, peuvent attendre pendant des journées devant des banques pour recevoir le peu d’argent pendant que chacun détient un téléphone portable ?
Au 21ième siècle Monsieur le Président, comment une banque peut servir par un seul guichet plus de 600 personnes en urgente nécessité au lieu de s’organiser autrement avec ce que l’évolution technologique nette nous offre comme possibilités ? Nos yeux sont-ils fatigués pour ne pas voir les exemples d’ailleurs où il est très rare de manquer un distributeur tout proche de soi ?
Monsieur le Président, comment arrivez-vous à admettre que ces banques que vous employez traitent vos administrés, concitoyens en sous-hommes et vous laissez faire ? Monsieur le Président, vous êtes Chef de l’Etat. Acceptez-vous donc que votre Etat en soit un qui inocule la misère même dans les veines du Courage ?
Quel autre sacrifice vous attendez des militaires, policiers, enseignants et infirmiers à part le fait qu’ils ont accepté de l’être dans un pays comme le nôtre ? Malgré un salaire de misère, donnez-le leur avec une main droite Monsieur le Président, au besoin même avec deux mains. Rappelez-vous de ces mots de Winston CHURCHILL : « Quand vous avez à tuer quelqu’un, il ne coute rein d’être poli ».Le système les met déjà par terre, alors ne les piétinez pas. Monsieur le Président, n’acceptez pas qu’ils soient piétinés. Sinon quand ils n’auront plus rien à perdre , leurs âmes lassées ;
-Ces policiers et militaires vous aideront à mettre les limons définitifs d’un Etat voyou.
-Ces instituteurs vous formeront des cerveaux continuellement inutiles.
-Ces infirmiers vous orchestreront finalement l’euthanasie de cette chère nation.
Je vous ai pris 6 minutes improvisées Monsieur le Président .Ça coute grand sur un agenda présidentiel. J’ai vu votre cortège s’arrêter à mon signal. Merci. Au revoir, n’oubliez pas, la nation vous regarde.
Oh la la la !!! Monsieur le Président !!!!Revenez un peu. Vous vous rappelez de cette fameuse récitation : « Petit oiseau, petit oiseau, pourquoi rester là en haut ?… » ? Vous en souvenez-vous ? Eh bien l’institutrice qui vous l’a fait mémoriser est parmi ceux-là. La voilà là-bas !!! C’est moins un honneur pour vous ! Excellence, si c’est vous l’oiseau resté là en haut, redescendez Monsieur le Président, venez voir aussi au moins un moment ce qu’endure le peuple.
J’ai fini , cette fois réactivez votre cortège et partez pour du bon. N’oubliez pas, même ces grossesses sous ce soleil vous regardent.
Vive la République !!!
Texte: Jacinthe MAARIFA
Illustration: Binet Paul et Elisha ABUMBA

