Pas un bec clouté cette fois, par ce présent texte, Jacinthe MAARIFA parle du de confinement à la congolaise. Message lancé par le chef des institutions mais interprété mal comme fin du virus.

COMME S’IL NE TUAIT PAS
Les gens ont jubilé. Il y avait des scènes de liesse partout. Des cris de joie, des relaxations hors du commun. Oui, comme s’il n’existait pas. Comme s’il ne tuait pas. D’abord ils n’y ont jamais cru, des marchés ici comme là où tu es fonctionnent avec la même chaleur, le même brouhaha. Rien n’avait donc changé. On consommait de la bière en sourdine, on se déhanchait en acapela. On vivait l’anormal normalement. On essayait d’éditer l’inédit. Peut-être pour ne pas mourir de lassitude, de chagrin, de désespoir,… mais surtout on n’y croyait pas, parce qu’on n’y croit pas. Comme s’il n’existait pas,comme c’était un mythe théâtralisé, une sympathie de la presse à la comédie, comme s’il ne tuait pas.
Le peuple avait donc ses croyances ; ses idées faites,ses opinions construites. Il n’attendait que leur légitimation. Eh oui, le peuple d’abord !Le peuple a été entendu, je dirais mieux ;le peuple a été écouté.Le Chef de l’Etat a donc annoncé le dé-cons-finés-ment. Ah oui le dé confinement comme partout ailleurs et parce qu’il faut apprendre à vivre avec le virus. Il avait raison. Vraiment raison. Seulement que son annonce stimule à nier le virus plutôt que de vivre avec. Puisque ça été sans mesure d’accompagnement. Les bars rouvrent, les rassemblements de nouveau autorisés,…Pourtant sans aucun contrôle, ici au bar c’est l’argent qui commande, on n’a pas la sécurité sanitaire pour maitresse.
Ainsi personne n’a interpelé personne sur les mesures barrières, on a partagé de la bière ! Plaise à Dieu que le peuple ne se soit pas partagé le virus ! Puisque ça a semblé être le cas. Comme si le coronavirus ne tuait pas, le Président a déconfinésans mesures d’accompagnement, comme si le virus n’existait pas, le peuple retrouvé son quotidien d’antan. Et c’était bien prévisible, le peuple a compris le contraire du message « La fin du confinement n’est pas la fin du virus. » Depuis le confinement d’ailleurs il se retrouve moins, les dirigeants emploient des concepts empruntés aux discours de Macron ; discothèque, dé confinement« progressif »,salles de spectacle,… et tous sont perdus.
Le confinement ayant été emprunté sans être adapté à la réalité du pays, et maintenant dans la vague des dé confinements dans le monde entier,voilà encore un dé confinement inadapté à la mentalité et au mode de vie des congolais, comme si le coronavirus n’existait pas, comme si le virus ne tuait pas, comme si même le Président n’y croyait pas. Pourtant bien qu’il est vrai que la souche du coronavirus présente en Afrique semble ne pas êtrecelle vue en Italie, USA ou au Brésil(sinon en Afrique on compterait des millions des sépulcres), le coronavirus est réellement présent et les gens en sont morts ici comme là chez vous. Ignorer cette réalité et faire croire au peuple le contraire par une suite de décisions reviendrait à conclure que nous étudions tous là où on achète des diplômes pour ne pas comprendre quel peuple on dirige, dans quel pays,comment instaurer le primat de l’intérêt commun.
A moins qu’on ne soit pas tous conscients de l’existence du virus, le dé confinement se doit êtresuivi des mesures d’accompagnement. On s’imagine mal que les églises rouvrent les portes même aux personnes de troisième âge plus vulnérables à la contamination ou alors aux petits enfants vulnérables aussi. On s’imagine très mal la reprise des cours sans protection spéciale pour les petits enfants comme si le virus n’existait pas, comme s’il ne tuait pas. Présentement au marché, personne de vendeurs ne porte un masque de protection comme si le virus n’existait pas. Les jeeps de la police entassent des dizaines de policiers ou militaires tel le riz sans qu’aucun ne porte un masque comme si la distanciation physique était un code civil, comme si le virus ne tuait pas, comme s’il avait peur du revolver. Oui, pendant tout le confinement étonnamment cela se faisait, ce dé confinement sans mesures d’accompagnement vient légitimer la bienveillance tendue au virus depuis longtemps ici comme là-bas, alors qu’on y revienne pour sauver l’avenir. Qu’on se souvienne surtout ;
Ya maana ni ku kuwa .
Par Jacinthe Maarifa DUICKEM
Illustration et design : Binet Paul
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