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  • AU NOM DE DIEU, LAISSEZ-NOUS VIVRE

    AU NOM DE DIEU, LAISSEZ-NOUS VIVRE

    Tribune de Jacinthe MAARIFA DUICKEM

    Moses SAWASAWA

    Depuis tôt ce matin, des affrontements semeurs des morts et Armée loyaliste ont fait largement écho. Plus amplifiés que les trois derniers jours en effet par la cité la plus importante du Rutshuru ainsi que son chef-lieu dudit sont occupés par les rebelles du M23 depuis ce matin. Mais s’il faut parler de détresse, elle a duré.

    Je reprends à l’improviste ma plume pas pour décrier un Gouvernement, je me moque des vases vides moi. Je ne vais pas donner des propositions à un Gouvernement, ni lui faire la morale. Parce que ce Gouvernement savait que la situation allait être pareille, parce que ce gouvernement sait qu’autour de dix milles personnes ont été tuées dans le territoire de Beni(lui-même n’en précise pas le nombre), parce que ce Gouvernement sait que des traitres existent dans l’Armée, parce que ce Gouvernement sait que les Généraux de l’Armée sont plus commerçants que des militaires, parce que ce Gouvernmnt sait que les Généraux roulent dans les voitures climatisées dans les autoroutes de grandes villes et ne sont pas prêts pour le froid et les serpents venimeux de la brousses en guerre, parce que ce Gouvernement sait qui tue son peuple mais continue à entretenir des relations diplomatiques avec lui pour protéger certaines têtes et certains ventres, parce que ce Gouvernement nomme des Généraux qui défilent en sapeursdans des villes pour célébrer leur nomination au lieu de donner leurs planns sécu, je ne parlerai pas de ce Gouvernement parce qu’il est au courant de tout et ne fait rien. Oui parce que ce Gouvernement est une négation de lui-même, une jouissance cynique incarnée, il ne fait rien parce que le néant ne peut s’opposer à l’absurde nous renseigne Sartre. 

    Alors je parle plutôt de celles et ceux qu’on entend le moinsalors qu’on les voit partout, de celles et ceux dont le sort mobilise le moins, de celles et ceux qui explorent les yeux fermés, cœurs saignant, esprits fatigués, je parle de celles et ceux qui en pâtissent et qu’on n’entend pas. Je parle des victimes directes et ciblées de cette guerre ; les filles et fils du Kivu, ceux des montagnes pilonnées, pas celles des tweeter space aux jargons robotisant. 

    En Mai-Juin dernier, la même comédie sadique s’est jouée au Nord de Goma, en groupement de Kibumba, des milliers de déplacés ont afflué vers Goma. Parmi eux, un garçon, avec sa maman, sa grande sœur de 4 ans et son petit frère de 7 mois. Ils quittaient Buhuma, loin de 40 km de Goma et avaient marché toute la nuit pour atteindre Kanyaruchinya. Pieds gonflés, yeux enfouis dans les paupières, un visage transpirant dans une peau avec beaucoup de petites plaies, œuvres des herbes de brousse, ce garçon de 3 ans venait d’arriver. Toute la nuit, il avait marché avec sa famille. A 3ans il venait de marcher 45km dans une nuit, il est de ces champions que la Fédération International d’Athlétisme ne parle pas quand on la voir concentrer sur une affaire de fous riches : le dopage. Mais pourquoi ce garçon avait -il survécu ? Dans une vie normale il n’aurait pas dû survivre non ? C’est déjà impensable non ? Çaressemble aux épopées des farceurs grecs non ?

    Eh ben l’enfant était arrivé à « destination », même s’il ne pouvait marcher. Oui, il est arrivé parce qu’il savait qu’il était obligé de survivre, qu’il n’avait personne devant quipleurnicher, que survivre était une obligation morale de tout enfant du Kivu, qu’il n’était pas le seul, qu’il n’avait pas à s’apitoyer sur son sort, qu’il avait un seul choix : se sauver. Eh oui ; depuis 30 ans, nous n’avons qu’un seul devoir ; nous sauver. Dans les conditions que Satan lui-même juge de diaboliques. Ah oui, nous tous ne savons comment nous avons survécu. A force d’y assister, on a du mal à reconnaitre l’effort de survie de celles et ceux qui sont encore touchésdirectement. Eux-ne peuvent plus se sauver, ils espèrent en nous mais à la moindre information, nous accourons tous sur les réseaux pour ne se limiter qu’à propager les infos du genre : Kiwanja est tombé, les rebelles avancent reculent, Kinshasa est silencieux dans les bruits, … Et l’humain dans tout ça ? Qui s’intéresse à la destination des déplacés, à la sécurité de la voie empruntée, qui appelle à des mesuresurgentes de prise en charge de ces derniers, des mobilisations spontanées, qui se demande combien ils sont, combien d’enfants marchent de kilomètres avec moins de 5ans, des femmes enceintes présentes, des personnes de troisième âgequi s’enfuient, qui d’ailleurs après vient compter celles et ceux morts de fatigue en cours de route ? Personne ou presque. On veut tous parler des armes, après vient l’humain. On parle de ce qui fait du buzz et non de ce qui mobilise autour des besoins. Et quand les armes se taisent, on se calme. On oublie que la conséquence des rmes n’était pas seulement les bruits dans la cité, mais plutôt des espérances à nouveau obscurcies,des enfants qui viennent de revivre en live les tragédies racontées, des femmes ayant avortées pitoyablement en cours de route, des gens piétinées et morts de fatigue, on oublie que c’est celle-là la conséquence de ces armes et on dit : la situation es calme, les populations peuvent maintenant regagner leurs domiciles !!!!! C’est l’extrême degré d’insensibilité que puissent avoir les humains. Elle est disponible en stock chez moi.

     

    Exactement en Juin dernier, deux semaines après l’arrivée des déplacés, le Gouvernement exigé aux déplacés de regagner leurs domiciles après ce qu’ils appellent « ratissage » ! Etrange !

    Avaient-ils songé au traumatisme de ce garçon, à ces jambes non encore dégonflées, à sa famille ?  

    Non, parce que trois mois après le petit garçon a refait la même route, beaucoup de son âge aussi et il a vécu le mêmedrame, Oui. Parce que le Président dira qu’il n’est pas au courant. Oui aussi, parce que le Gouvernement n’a pas changé, et même s’il changeait ce sont des racailles qui auront changé de poubelle, oui parce que personne dans la classe politique actuelle (opposition, majorité, centre, union mafieuse,) n’est préparé à résoudre les problèmes du Pays. Personne n’y était préparé il y a 15ans d’ailleurs. Tous des manipulateurs des espoirs en détresse. Nous avons encore des hommes capables uniquement d’identifier l’outrage au Chef de l’Etat, à l’Armée et des crimes de lèse-majesté. Personne pour exiger justice pour les crimes contre l’humanité dont subissent les populations au Kivu depuis plus de 30ans, d’ailleurs, savent-ils que ce sont des crimes de guerre et contre l’humanité ; ces obus sur les écoles, ces exécutions sommaires, ces décapitations, ? Non, ils ne le savent pas. Sinon ils en auraient au moins parlé.

     

    Mais une chance, j’ose croire ; tout ce monde s’appelle fils de Dieu, les rebelles aussi. Nous sommes aussi enfants de Dieu. Nous ne voulons ni pouvoir ni honneur. Pour beaucoup d’entre nous, nous n’avons que moins de 5ans. Nous ne savons encore ni lire ni écrire, mais nous savons distinguez les armes selon les bruits qu’ils produisent. Nous n’avons pas le rêve d’être athlète, ces kms ne sont donc pas pour nous un entrainement, ils sont mortifères pour notre corps et notre âme collective. Nous ne connaissons ce que les armes cherchent, nous ne voulons pas que comme nos Pères elles deviennent notre passion, cette passion-là ruine empute l’avenir. Alors chers fils de Dieu, Msgr Kaboyi vous l’avait déjà rappelé, mais encore une demande : Au nom de Dieu, laissons-nous vivre !

    Jacinthe MAARIFA

    Crédit photo : Moses SAWASAWA

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